I – L’école Allemande avec :
1° Elsa GINDLER, dans les années 20 et début des années 30, élève Hede KALLMEYER (avec sa gymnastique harmonique), elle-même élève de François DELSARTE. Elsa GINDLER fut une des premières à enseigner un meilleur usage du corps en étudiant les
attitudes corporelles adaptées dans toutes sortes de situations de la vie courante. Les moyens qu’elle utilisait pour son travail étaient :
- La Respiration « ouverte » associée aux mouvements pour éliminer les tensions
- La Détente, à l’aide de la sensation de pesanteur car, paradoxalement, plus nous devenons lourds, plus nous nous sentons légers et calmes
- La Contraction, qui ne veut pas dire crispation
- En fait, on peut dire qu’il ne peut y avoir décontraction, détente que lorsqu’il y a eu contraction accompagnée d’une respiration
- Enfin, elle préconisait une hygiène de vie générale.
Elsa GINDLER associa à son enseignement Clara SCHLAFFHORST et Hedwig ANDERSEN pour le travail de la voix, puis un musicien et pédagogue, Heinrich JACOBY. Le professeur de dessin Johannes ITTEN participa également à ses séminaires animés par Gertrud VON HOLLANDER, la collègue de Elsa GINDLER, qui assurait la formation.
A la suite d’Elsa GINDLER , ses élèves : Sophie LUDWIG, Alice AGINSKI, Carola SPEADS et le docteur Lily EHRENFRIED quittèrent l’Allemagne nazie au début des années 30 pour passer en France
2° Lily EHRENFRIED exerça en France depuis 1933. Après avoir obtenu son diplôme de kinésithérapeute, elle donne des cours pendant 30 ans et, à partir de 1963 , elle formera des praticiens, surtout des kinésithérapeutes.
Elle refusait, comme Elsa GINDLER, de donner un nom à son travail car, toute définition amène le danger d’une restriction et c’est « un pas vers la rigidité, la mort » Elles parlaient de « leur travail », ce qui n’est pas facile à formuler.
Ce travail est centré sur deux mots clés : EQUILIBRE, RESPIRATION.
L’EQUILIBRE : Mme EHRENFRIED attachait beaucoup d’importance au travail de la sensation des pieds et aussi à la place de la tête. Les élèves comprennent que nos yeux ont assumés des fonctions qui reviennent à d’autres parties du corps, aux pieds, par exemple.
Il ne faut jamais perdre de vue cette suite ininterrompue des pieds à la tête et de la tête aux pieds, en passant par l’assise du bassin dont les pieds dépendent et dont lui-même dépend.
LA RESPIRATION: Laisser faire le jeu-mouvement du diaphragme pour que se placent tout naturellement dans le temps, les trois étapes de chaque respiration : INSPIRATION, EXPIRATION, REPOS .
En effet, le mouvement du diaphragme n’a toute son ampleur dans l’espace que :
- Si la statique est bonne : pieds-bassin-tête et inversement
- Si nous sommes en paix avec nous même
Enfin, ce travail requiert la CONCENTRATION, l’attention (sans raideur ni arrêt respiratoire) .
Les anciens élèves de Mme EHRENFRIED appellent maintenant ce travail “GYMNASTIQUE HOLISTIQUE”. Ce terme reprend le sens étymologique du mot GYMNASTIQUE : art de fortifier et d’assouplir le corps par des exercices appropriés . Quant à l’adjectif HOLISTIQUE, c’est un néologisme qui vient du Grec « HOLOS » (qui concerne le TOUT) .
II – ACTUELLEMENT, les Gymnastiques Douces s’inspirent de plusieurs démarches :
1° Celle, bien sur, du Dr EHRENFRIED et de ses élèves dont Thérèse BERTHERAT qui a sans nul doute ouvert largement la porte de « L’ANTIGYMNASTIQUE » au grand public lors de la publication, en 1976, de son livre : « LE CORPS A SES RAISONS » . Elle n’est pas l’instigatrice du mouvement, tout au plus son révélateur. Son « ANTYGYM » s’est donc inspirée de toutes les sources précédemment décrites .
Pourquoi « ANTIGYMNASTIQUE » ? Parce qu’elle se situe en rupture avec les gymnastiques traditionnelles qui mettent l’accent sur le développement musculaire, la force, la compétition, l’effort.
LES GYMS DOUCES placent au contraire au premier plan les notions d’harmonie, de conscience corporelle, de sensation de détente, de bien être ; elles proposent à chacun de travailler à son rythme et sans excès, d’utiliser au mieux son potentiel plutôt que de viser à des performances extrêmes.
Par rapport à des méthodes qui recherchent le dressage du corps, qui privilégient la technique et la mécanisation des mouvements, elles promeuvent une nouvelle conscience du corps, dans son unité profonde avec l’esprit, dans sa capacité d’épanouissement et de libération de la personne.
L’ECOUTE du CORPS et son OBSERVATION de l’intérieur constituent l’originalité des méthodes douces.
L’exécution d’un mouvement ne présente un intérêt que si une prise de conscience la plus complète et la plus fine possible, la précède. Même la respiration doit être libérée, elle n’est plus envisagée pour elle seule, mais comme « élément de l’ensemble indissociable » que représente l’organisme .
2° Une autre démarche est celle de l’israélien Mosche FELDENKRAIS dont la méthode s’appuie sur la conscience du schéma corporel en mouvement
L’art de Mosche FELDENKRAIS consiste à emprunter le plus court chemin vers la réussite du mouvement, chemin trouvé en contournant les obstacles que sont les raideurs profondes du corps. La partie la plus intéressante de son travail est celle où il s’agit de la coordination entre commandes nerveuses et cérébrales et action musculaire, et les mécanismes par lesquels le corps apprend . Il s’agit de prêter attention à l’expression sensorielle que procure l’amorce des mouvements, afin de créer de nouveaux circuits nerveux et de nouveaux réflexes . Le véritable changement se produit dans le cerveau
3° La danoise Gerda ALEXANDER a créé une méthode qu’elle appelle EUTONIE (bon tonus) . L’EUTONIE se veut une méthode d’équilibrage des tensions . Cette méthode comporte des mouvements dont le but est de donner à celui qui les pratique une meilleure conscience de ses sensations et de lui permettre de retrouver les mouvements naturel et harmonieux du corps, de pouvoir les effectuer avec une recherche de détente, de soulagement . Mais l’EUTONIE ne cherche pas à éliminer la cause des déformations de la structure corporelle.
4° Par contre, pour Ida ROLF qui a appelé sa méthode de « ROLFING » ou INTEGRATION STRUCTURALE – c’est la structure qui détermine la fonction tandis que pour Mlle MEZIERES se préoccupe de la fonction physiologique, pou Ida ROLF, tout le comportement de l’être ne peut manquer de changer quand sa structure Corporelle change . Pour elle, nos problèmes émotionnels sont pris dans nos muscles « bétonnés » qui nous obligent à créer une mauvaise organisation musculaire . Pour que cela change, Ida ROLF a découvert qu’il fallait rétablir la mobilité des fascias (tissu conjonctif) qui entourent muscles et os . Sous l’effet des chocs, les fascias durcissent et collent contre les muscles. Le ROLFING est donc une méthode qui assouplit allonge et décolle les fascias. Avec les mains et même les coudes, et atteint toutes les couches de fascias du corps entier depuis la plus superficielle jusqu’à la plus profonde, des pieds jusqu’au crâne .
5° Nous ne pouvons oublier de mentionner également le travail de « PSYCHOTONIE »d’Yvonne BERGE qui est une méthode d’expression corporelle de mise en mouvement du corps, dans la recherche de l’harmonie, de la souplesse, de la sensibilité propre pour conduire, par la relaxation, par l’éducation de la sensibilité et du bon tonus, par le réveil des coordinations instinctives, par le rythme, la musique et la maîtrise du sens de l’espace, à comprendre « dans » son corps .
6° Enfin, la démarche de Françoise MEZIERES, qui sert de référence à de nombreux tenants des GYMS DOUCES . Probablement plus par l’anticonformisme de sa méthode que par sa « franche tendresse » . De fait, son principe fondamental : « les muscles du dos sont trop courts, trop raides et trop forts », contredit la logique qui les considère plutôt comme étirés en permanence, sujets à la mollesse et responsables des dos ronds et bossus, du fait de la pesanteur .
Alors que, pour elle : « L’HOMME n’EST PAS TASSE PAR LA PESANTEUR, MAIS PAR SA PROPRE FORCE »
Son travail tend à rétablir l’équilibre et l’harmonie du corps par la recherche systématique des chaînes de tensions musculaires (soit les postérieurs trop contractés qui maintiennent les mauvaises attitudes de la colonne vertébrale) dans le but d’obtenir le relâchement et, par là, la tonification des muscles antérieurs.
Enlever la tension derrière c’est la chasser devant, et cela revient à rétablir équilibre des forces d’où naîtra la correction des déformations et de l’insuffisance abdominale. Ceci est l’antithèse de la musculation.
Sa méthode de restructuration du système locomoteur considère le corps dans sa totalité « Ce n’est pas au niveau du siège de la douleur qu’il faut travailler, la cause est ailleurs. Il faut voir dans la région douloureuse la résultante d’un déséquilibre plus global »
Seule la globalité de son approche fait placer la méthode MEZIERES dans le concept « ANTYGYMNASTIQUE-DOUCEUR » car on ne
peut dire que cette technique, au demeurant efficace, soit franchement « tendre » .
GLOBALITE, c’est le leitmotiv de toutes les « ACTIVITES PHYSIQUES DOUCEUR »
Toutes s’imprègnent de l’idée d’indivisibilité de notre corps : chaque élément dépend de l’autre et ne peut être isolé . Ainsi, cette GYM DOUCE » cherche t-elle à utiliser les chaînes musculaires et articulaires, les ligaments, les membranes qui relient le bout des orteils au sommet de la tête afin de rétablir la libre circulation de notre énergie entravée par des « CUIRASSES » musculaires et
des zones rigides, mortes, qui entraînent des blocages, lesquels sont à l’origine de nos maladies, malaises et paralysies de toutes sortes .
Par cette notion de GLOBALITE, nous nous rapprochons de la démarche thérapeutique des ACUPUNCTEURS, HOMEOPATHES, et OSTEOPATHES qui bannit le morcellement de l’individu.
POUR CONCLURE, on peut dire que le BUT de CETTE ORIENTATION CORPORELLE est de « NOUS BRANCHER SUR NOUS-MEMES ». C’est la prise en charge de l’individu par lui-même.
TOUT est en nous, il s’agit simplement de tirer parti de ce que l’on possède Naturellement, Calmement et à son rythme, par une longue recherche de soi-même, car nous n’utilisons qu’une infime partie de notre potentiel moteur. Il suffit d’aller puiser dans cet immense réservoir.
La GYMNASTIQUE dite « DOUCE », ANTYGYMNASTIQUE, ou plus globalement « HOLISTIQUE » est une des voies d’accès vers NOTRE CORPS POSSIBLE.
Les THERAPEUTES ACTUELS qui pratiquent cette gymnastique corporelle basée sur le concept de globalité du corps sont également guidés par les idées de ceux – liés par cette notion de solidarité musculaire – qui ont ouvert la voie à ce que nous pouvons appeler « LES CHAINES ARTICULAIRES et MUSCULAIRES » .
Nous pouvons citer, hors Melle MEZIERES, la démarche de pionniers tels que
Nous éclairent sur l’Organisation Psychomotrice de l’Homme ….